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Choisir votre stratégie

  • Leçon 1
  • Intermédiaire
  • 40 min

Comparer les grandes stratégies de création de valeur du marchand de biens, leurs étapes et leurs contraintes, pour choisir celle qui convient à chaque bien.

Il n’existe pas une seule façon d’exercer le métier. Selon le bien, votre budget, votre région et vos compétences, vous revendrez en l’état, après rénovation, après division, après un changement de destination, ou vous créerez de la surface. Ces stratégies se combinent souvent dans une même opération.

Revendre en l’état ou rénové

Revente en l’étatRevente rénovée
TravauxAucun, ou très légersÀ budgéter, coordonner et parfois autoriser
DélaiCourtAllongé par le chantier
Prix de reventePlus basPlus élevé
CommercialisationPlus difficile : l’acheteur doit se projeterPlus facile : le bien est prêt à vivre
MargePlus faiblePlus forte, si le budget est tenu

Pour vendre en l’état, aidez l’acheteur à se projeter : plans d’aménagement, vues en trois dimensions, visite virtuelle, estimation des travaux. Une variante est la vente en plateau : vous divisez et viabilisez les lots, puis les revendez bruts à des investisseurs qui feront les finitions.

Pour rénover, définissez d’abord l’acheteur visé, puis le niveau de finition qui lui correspond. Préparez le chantier en amont, maîtrisez vos coûts et choisissez des matériaux durables : vendeur professionnel, vous restez tenus des garanties après la vente.

Diviser un bien en plusieurs lots

À emplacement égal, plus un logement est petit, plus son prix au mètre carré est élevé. Deux appartements de 40 m² se vendent en général plus cher qu’un seul de 80 m². La division rapporte donc souvent davantage, à condition de suivre chaque étape : un lot créé sans existence juridique ne se revend pas.

Créer une copropriété

Pour diviser un immeuble que vous détenez entièrement :

  • un géomètre-expert mesure les lots, calcule les quotes-parts de parties communes et établit l’état descriptif de division ;
  • si l’immeuble a plus de dix ans, un diagnostic technique global doit précéder la mise en copropriété ;
  • le notaire rédige le règlement de copropriété, le publie avec l’état descriptif au service de la publicité foncière et immatricule la copropriété au registre national ;
  • chaque lot reçoit ses compteurs individuels, d’électricité et d’eau ;
  • une première assemblée générale désigne le syndic.

Diviser dans une copropriété existante

Vérifiez d’abord que le règlement de copropriété n’interdit pas la subdivision des lots. Diviser votre lot est libre en principe, mais plusieurs décisions relèvent de l’assemblée générale :

  • la répartition des charges entre les nouveaux lots, si le règlement ne la prévoit pas : majorité simple de l’article 24 ;
  • les travaux touchant les parties communes ou l’aspect extérieur, comme une colonne montante, des réseaux ou une nouvelle porte palière : majorité de l’article 25 ;
  • l’achat d’une partie commune, couloir ou combles par exemple : double majorité de l’article 26, avec un modificatif de l’état descriptif et du règlement.

Faites inscrire ces résolutions à l’ordre du jour par le vendeur, via le syndic, avant d’acheter, et faites de leur adoption une condition suspensive du compromis. La convocation part au moins 21 jours avant la séance. Les copropriétaires opposants ou défaillants ont ensuite deux mois, à compter de la notification du procès-verbal, pour contester une décision devant le tribunal judiciaire.

Les contraintes d’une division

  • chaque logement créé doit offrir au moins 14 m² et 33 m³ habitables, avec l’eau, l’évacuation des eaux usées et l’électricité ;
  • certaines communes ou intercommunalités imposent une autorisation préalable de division, dite permis de diviser : renseignez-vous en mairie ;
  • le PLU peut exiger des places de stationnement pour chaque logement créé ;
  • des travaux sur la façade, la structure ou créant de la surface demandent une autorisation d’urbanisme ;
  • un bureau d’études structure intervient dès que vous touchez un mur porteur, un plancher ou la toiture ;
  • chaque lot doit disposer d’un accès indépendant et de ses propres réseaux, sans passage d’un lot à l’autre ;
  • une installation électrique neuve passe une attestation de conformité avant sa mise en service ;
  • prévoyez une cloison à forte isolation acoustique entre les lots et respectez les règles de sécurité incendie.

Diviser un terrain

Découper un grand terrain en plusieurs parcelles à bâtir, revendues nues ou construites, dégage souvent une plus-value supérieure à la vente d’un seul tenant, et les petits lots se vendent plus vite. Dès que vous divisez pour construire, vous réalisez un lotissement. Depuis la loi ALUR de 2014, le PLU ne peut plus imposer de surface minimale de terrain ni de coefficient d’occupation des sols : ce sont l’emprise au sol, les hauteurs et les reculs qui limitent ce que vous pouvez bâtir.

  • consultez le PLU : zone, règles d’implantation, accès et réseaux ;
  • demandez un certificat d’urbanisme opérationnel pour confirmer la faisabilité du projet ;
  • faites établir par un géomètre-expert le plan de division, avant d’acheter, puis le bornage ;
  • déposez une déclaration préalable si la division ne crée ni voie, ni espace, ni équipement commun, et un permis d’aménager dans le cas contraire ;
  • faites viabiliser les lots, ou laissez-le à la charge des acquéreurs en le prévoyant dans votre prix.

Depuis le 1er septembre 2026, une division sans équipement commun relève de la déclaration préalable même en site patrimonial remarquable ou aux abords d’un monument historique ; l’architecte des Bâtiments de France donne toujours son accord. Un accès sur une route départementale demande l’accord de son gestionnaire : anticipez-le.

Changer la destination ou l’usage

Transformer un local commercial, un bureau ou un cabinet en logements valorise un bien, surtout en zone tendue. Deux notions distinctes s’appliquent :

DestinationUsage
CodeCode de l’urbanismeCode de la construction et de l’habitation, article L. 631-7
Ce qui est viséLe passage d’une des cinq destinations à une autreLa transformation d’un logement en local d’un autre usage
OùPartoutCommunes de plus de 200 000 habitants, petite couronne parisienne et communes qui l’ont décidé
FormalitéDéclaration préalable ou permis de construireAutorisation du maire, parfois avec compensation

La destination

Le code de l’urbanisme distingue cinq destinations : exploitation agricole et forestière, habitation, commerce et activités de service, équipements d’intérêt collectif et services publics, autres activités des secteurs primaire, secondaire ou tertiaire. Elles se divisent en 23 sous-destinations depuis 2023 : logement et hébergement pour l’habitation, bureau dans la dernière, par exemple.

  • passer d’une destination à une autre sans travaux, ou avec un aménagement intérieur léger : déclaration préalable ;
  • avec des travaux qui modifient les structures porteuses ou la façade : permis de construire ;
  • changer de sous-destination au sein d’une même destination, sans ces travaux : aucune formalité en principe.

Vérifiez avant tout que le PLU ne l’interdit pas : beaucoup protègent les rez-de-chaussée commerciaux. Vérifiez aussi le règlement de copropriété. S’il interdit l’activité ou l’affectation visée, sa modification se vote à une majorité renforcée, voire à l’unanimité si elle touche à la destination de l’immeuble. Une fois les travaux achevés, déposez la déclaration d’achèvement et déclarez le changement d’affectation à l’administration fiscale dans les 90 jours, pour la taxe foncière.

L’usage

Le régime de l’usage protège le parc de logements. Dans les communes concernées, transformer un logement en bureau, en cabinet ou en meublé de tourisme demande une autorisation préalable du maire. Accordée sans compensation, elle est personnelle et prend fin avec l’activité de son bénéficiaire. Accordée contre une compensation, la création d’un logement équivalent ailleurs, elle est attachée au local et se transmet avec lui. La loi du 19 novembre 2024 a permis à davantage de communes d’instaurer ce régime et porté l’amende jusqu’à 100 000 €. Vérifiez le règlement local avant d’acheter.

Construire, surélever, agrandir

La construction neuve

Plus longue et plus exigeante en trésorerie qu’une rénovation, la construction convient à des opérateurs expérimentés. Vous trouvez un terrain constructible, le viabilisez, puis confiez la maison à un constructeur ou devenez maître d’ouvrage avec un architecte ou un maître d’œuvre et des entreprises par corps de métier.

  • le contrat de construction de maison individuelle confie plans et travaux à un seul professionnel, à prix ferme ;
  • il comporte obligatoirement une garantie de livraison, la notice descriptive et les plans ;
  • il devient définitif après un délai de rétractation de dix jours ;
  • comparez plusieurs constructeurs, visitez leurs chantiers et vérifiez leur santé financière et leur assurance décennale ;
  • souscrivez l’assurance dommages-ouvrage avant l’ouverture du chantier : elle est obligatoire ;
  • consultez l’état des risques naturels et faites étudier le sol avant de vous engager.

La surélévation

Surélever, c’est créer des niveaux au-dessus d’un bâtiment existant sans consommer de terrain. Les surfaces créées, avec vue ou terrasse, se vendent bien, et les charges de l’immeuble se répartissent ensuite sur plus de lots. Mais c’est une opération lourde :

  • le PLU fixe les hauteurs et l’insertion architecturale exigée : faites valider le principe en mairie ;
  • votre notaire vérifie qu’aucune servitude privée n’interdit de surélever ;
  • un bureau d’études indépendant vérifie la portance de la structure et des fondations, avec une étude de sol si nécessaire ;
  • en copropriété, l’assemblée générale vote la surélévation ou la cession du droit de surélever à la double majorité de l’article 26 ; les copropriétaires du dernier étage ont un droit de priorité sur les lots créés ;
  • un géomètre recalcule les tantièmes ;
  • au-delà de 20 m² créés, ou 40 m² en zone urbaine d’un PLU, il faut un permis de construire, et votre société doit recourir à un architecte.

Les solutions légères, ossature bois ou modules préfabriqués, limitent la charge sur l’existant et la durée du chantier. Comptez le temps de l’instruction et de la purge des recours dans votre calendrier.

L’extension

Surface crééeZone urbaine d’un PLUAilleurs
Jusqu’à 5 m²Aucune formalité, sauf si l’aspect extérieur changeIdem
De 5 à 20 m²Déclaration préalableDéclaration préalable
De 20 à 40 m²Déclaration préalable, sauf si le total dépasse 150 m²Permis de construire
Plus de 40 m²Permis de construirePermis de construire

Rendre un terrain constructible

Le PLU, ou la carte communale dans les petites communes, dit si un terrain est constructible et dans quelles limites. Un terrain en zone agricole ou naturelle ne le deviendra que si la commune ou l’intercommunalité fait évoluer son document d’urbanisme, en cohérence avec son projet d’aménagement. Vous pouvez présenter votre projet aux élus et participer à la consultation du public, mais la décision leur appartient. N’achetez jamais au prix d’un terrain à bâtir sur cet espoir.

Un terrain classé à urbaniser n’est pas pour autant constructible tout de suite : il doit être desservi par les réseaux et une voie d’accès. Acheter un terrain, le viabiliser et le revendre prêt à construire reste une stratégie à part entière.

À retenir

  • Revente en l’état, rénovation, division, changement de destination ou création de surface : choisissez la stratégie selon le bien, le marché et votre trésorerie.
  • Une division ou un changement de destination se prépare avant l’achat : règlement de copropriété, PLU, autorisations et votes en assemblée générale en conditions suspensives.
  • Votre société doit recourir à un architecte pour tout permis de construire, et les seuils de 20 et 40 m² déterminent l’autorisation à demander.

Les règles juridiques et fiscales évoluent : faites valider votre situation par votre notaire ou votre expert-comptable. Règles et chiffres vérifiés le 8 octobre 2026. D’après « Marchand de biens : Guide d’une profession discrète », A. Andrea et S. Martin (2021).

Prenez un coup d’avance sur vos opérations